Lizly 3 zéro
Troisième vie. Reste six.

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mercredi 22 mai 2013

Quand ça se précipite

chaussure_eau.jpg

pix : workflo

"Rien ne va plus !" a tancé le croupier et ma vie est une bille de plomb dans la centrifugeuse de la roulette. 22 noir pair et passe. Ma petite nièce est née et trois générations squattent ce soir la maternité. Un accouchement entre femmes. Un bébé et une mère qui vont bien, disent les messages. Je n'ai pas appelé. Ça reste ma nièce. Et ça reste surtout ma sœur à ces côtés. *

Je passerai. 

La toupie tourne et ce soir, j'ai raccompagné une élève en voiture. Une élève. Dans ma voiture. Je paie un petit quelque chose en plus dans mon assurance, trois fois rien à l'année, pour protéger ce type de voyage. Prof et élève nous sommes et nous restons, même en dehors des cours. Je ne pensais pas m'en servir un jour, c'est un au cas où. Au cas où une gamine perde l'usage d'un genou à cause d'une bousculade et que la seule chose que ses parents puissent faire c'est lui dire de rentrer lentement avec les béquilles prêtées par l'établissement. Ces béquilles devenues impossibles à régler précisément. Et ce cartable, ce cartable massif, et cet après-midi qui n'est exceptionnellement pas chômé. Quelques rues, des remerciements. Se perdre dans les limites...

La bille crisse. Une visite, demain, pour tenter de relouer Ici, peut-être deux. L'agent immobilier fait le taf, il faut tout de même être là. Donner une bonne image de l'appartement parce que c'est dans notre intérêt que le coup de cœur opère. Pendant ce temps, Là-Bas, une porte, un spécialiste, mon beau-père pour recevoir mais il faudrait être là sur la fin. Pas besoin d'hydre, nous sommes deux, l'un sera Ici, l'autre rejoindra Là-Bas. Et le doudou-tout-doux acheté en catastrophe mais choisi avec soin tout de même, quand l'apporter à la toute petite fille ?

Et la famille qui est une famille. Des cousins qu'on ne voit jamais qui sont exceptionnellement là. Comment expliquer... Je n'ai pas le temps. Le temps matériel, je pourrais trouver. Mais le temps de cerveau disponible n'y est pas. J'ai BESOIN que les choses avancent Là-bas. J'ai BESOIN de ces deux jours de week-end consacrés à cet endroit. J'ai BESOIN de le voir se transformer en chez nous, d'arrêter de jouer au taquin avec les cartons sur les bâches à peinture, de décoller cette tapisserie qu'on sache ce qu'il y a dessous, de poser mon linge de maison sur les étagères nettoyées à cet effet, d'ouvrir quelques cartons, de décider si je range définitivement la couette dans la chambre verte. J'ai BESOIN de m'approprier cet endroit, d'être disponible pour le voir sans le filtre du brouillard de mes pensées tendues, d'arrêter d'appeler "la proprio" celle qui ne l'est plus.

Les nuits sont longues, peuplées de rêves dont l'interprétation ne demande aucun effort, mais qui restent limpides et me poussent à l'affleurement de l'éveil à des heures sans creux ni tête.

Ma vie est cette bille qui fonce à toute allure et chaote à chaque coup de fil, secousse à chaque courrier, ricoche en tout sens, elle va trop vite, je dois décider, trancher, et me sens obligée de m'expliquer.

Je voudrais tellement pouvoir lâcher le gouvernail mais je vois bien que mon boulot pâtit de cette impatience, cette urgence, cette frustration de ma vie extérieure. Je n'ai jamais mis tant d'heures de colle, tenue que je suis une fois la menace proférée de la mettre à exécution. Je ne suis pas injuste mais incohérente. Pas avec les règles que j'ai fixée mais avec mon personnage. Les élèves ne comprennent pas ce manque total de souplesse soudain, ça suinte. Même les surveillants me charrient gentiment sur le nombre de carnets dont j'encombre leur bureau depuis deux semaines. J'essaie de rendre la punition utile, je m'applique à donner un travail "intelligent", je vois avec des collègues s'ils n'ont pas besoin de ces heures pour qu'un travail soit repris. De beaux efforts qui ne servent qu'à emballer ce que je ressens comme une bourde même si eux n'en voient rien.

Je suis la bille de plomb lancée à pleine vitesse sur la roulette.

Je suis la tension atrabilaire grandissante de Jack.

Je suis dans cet entre-deux dont j'attendais tant de mal.

Je suis...

 

dimanche 19 mai 2013

Ouf !

circuit_imprime.jpg

pix by t0msk

Soufflons ensemble de soulagement.

Vous l'aviez remarqué ou pas mais mon blog était en "access denied" depuis un moment M entre vendredi soir et samedi matin que je ne connais pas précisément. J'avais un message de mon hébergeur qui m'annonçait l'air de rien que j'avais été victime du tentative de piratage. La blague c'est qu'ils me demandaient de supprimer des fichiers que je ne trouvais pas et de mettre à jour la version d'un logiciel que j'avais installé alors que non, je ne l'ai jamais installé et visiblement, personne d'autre ne l'avait fait à ma place...

Hier, la tête un peu à tout (la peinture, des anniversaires, une sieste de 2h30 dont je suis sortie groggy partie que j'étais pour faire ma nuit, les bâches, les pinceaux ronds et la lessive Saint Marc), je ne me suis pas affolée outre mesure. J'ai appelé le forum dotclear a l'aide et j'ai suivi les conseils qu'on me donnait. J'ai pu récupérer une partie de mes accès et vérifier que je n'avais rien perdu de mes données.

Je me suis couchée plutôt rassurée, espérant vaguement que je m'étais montrée trop pressée et que le temps que les modifications fassent leur chemin dans le méandre du Grand Internet, les choses allaient peut-être se débloquer pendant la nuit.

Que nenni. Ce matin, même bousin.

Je réponds à une intervention nocturne sur le forum, écrit à mon hébergeur sans espérer de réponse un dimanche et m'en vais fêter un énième anniversaire (oui, en mai, je suis très prises de ce côté) avec une certain inquiétude au ventre.

C'est sur la route du retour que j'ai eu une idée qui m'a permis de tout débloquer.

Le forum m'a bien aidée en me mettant sur les bonnes pistes mais pour une fois, je me suis sortie de ma galère sans qu'on me donne du clé en main et ceci, s'il vous plait, après du champagne et un rouge du Haut-Médoc de derrière les fagots en quantité bien peu raisonnable.

J'écris donc ce post pour d'une part compter mes forts modestes progrés geekesques alcoolisés et d'autre part vérifier que tout fonctionne bien, y compris la publication d'article car j'ai du réinstaller manuellement dotclear.

Notes de bas de page :

- Merci le forum dotclear, une fois de plus !

- Si vous trouvez un truc qui cloche, laissez moi un commentaire s'il vous plait que je vois ce que je peux faire.

mercredi 15 mai 2013

Ca mûrit.

Ça a commencé par la peau de mon visage. J'ai accusé le nouveau gommage testé suite à une erreur de commande, j'ai jeté l’importun sans plus de considération, j'ai calomnié l'hiver et attendu les beaux jours, j'ai dénoncé mon alimentation pourtant aussi déséquilibrée qu'à l'ordinaire, je m'imaginais suant eaux et cosmétiques à la recherche d'une nouvelle crème hydratante qui ne me transforme ni plante bourgeonnante, ni en dalmatienne à plaques sombres. 

Jusqu'à ce qu'un passage chez mes parents et un oubli fâcheux m'invitent à utiliser deux jours de suite le savon de ma mère.

L'importun n'était autre que mon nettoyant pour visage que j'utilise pourtant depuis plusieurs années maintenant. 

Ça a continué avec mes cheveux. J'ai accusé la coiffeuse qui n'était pas l'habituelle, j'ai calomnié le changement de saison, j'ai presté contre les lavages quelques peu plus fréquents que d'habitude à cause de la poussière remuée, la peinture coulée, le besoin de détendre sous l'eau chaude les muscles du cou.

Jusqu'à ce que je termine un flacon de shampoing de l'Homme.

Pourtant, ça fait des années que je prends les mêmes types de shampoing.

Je pourrais faire la même avec la peau de mes jambes, le rasoir et le lait pour le corps, avec les cales sur mes pieds qui sont dures, avec mes épaules, le soleil et mon débardeur.

Puis y a aussi d'autres le point de rupture dans la fatigue qui a bougé, ce muscle qui tire maintenant quasiment en permanence dans ma cheville au lieu de le faire par intermittence. 

Des détails.

Une flopée de détails.

Mathématiquement, ce n'est pas la trentaine.

Mais j'ai comme l'impression que mon corps est en train de me dire quelque chose.

Est-ce que ce serait de prendre des actions chez Nivéa ?

dimanche 12 mai 2013

Envie de...

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Je date les photos et je suis prise d'un doute. J'ouvre, clic, le calendrier, je recompte, pointeur fléché. La preuve dans l'angle inférieur droit de mon écran, le doute n'a plus de place. J + 6. Ce n'était que lundi.

Lundi, le notaire et son bureau luxueux, le coup de fil en urgence à l'assurance parce qu'une fois le devis enregistré on avait zappé qu'ils attendaient la date de signature (hum), ces deux trousseaux de clés étranges et étrangers. C'était mardi les tâtonnements, les hésitations, les premiers pas de propriétaires sur notre plancher, les gestes plus précautionneux que lors de nos précédentes visites encore, les blagues pour désinstaller cette étrange tension. Mercredi seulement les presque 30 cartons. Nos livres, nos DVD, nos CD...

Si peu de jour.

L'odeur a changé. Je ne sais pas si elle nous ressemble mais elle n'est plus celle de l'appartement de quelqu'un d'autre. On ne se trompe plus de clé. On a trouvé le local à poubelle (ne prenez pas cet air, il était bien caché). On a les repères pour rentrer le Venga dans la place de parking plutôt étroite sans y laisser un rétro ou une aile. On plie le diable d'une seule main. On passe le pas de la porte en oubliant de s'excuser d'être là. On n'allume plus de lumière pour retrouver la sortie quand on a tiré tous les volets. Il y a du vert tea time dans la chambre deux et un bleu presque Klein dans la chambre un qui est peut-être grec (le bleu, pas la pièce).

Je n'ai pas envie de vous narguer, je voudrais partager et je ne sais pas comment vous dire qu'un carrelage peu apprécié à la première visite gagne au goût de l'habitude, l'effet de ne pas se tromper d'interrupteur sur une journée entière, la saveur de couleurs tirées de matin même des mamelles d'un magasin de bricolage...

Bref, pix : notre premier repas chez nous. Mac Do à emporté sur table d'extérieur improvisée.

On est heureux. Et j'ai tellement envie de vous le dire !

vendredi 10 mai 2013

Jeudi 8 mai, fin de journée.

Fourbue de 24 cartons. Une tantinet frustrée de l'idée qu'on n'aurait pu en faire plus. Rassurée de celle qu'on n'est pas pressé par le temps, seulement par notre hâte d'avancer. Satisfaite de la façon dont les choses se passent. Touchée d'arriver déjà à se déplacer dans cet appartement toutes lumières éteintes et volets fermés. Inquiète de dormir ce soir dans un appartement sans livres, sans CD, sans DVD, enfin presque. Émue de ne pas apprécier que les visiteurs, bien que familiaux, ouvrent, fouilles, comparent, alors même que nos affaires sont toutes empaquetées, que ce ne sont que des pièces et des placards vides mais mes pièces et mes placards vides. Un peu inquiète du bruit. Pas celui autour, celui qu'on va faire, tellement tout est calme. Pressée d'y être tout autant que patiente de quitter ici. Frustrée de devoir travailler demain, de ne pas pouvoir participer à chaque instant de la construction du lieu. Dépitée de ne pouvoir acheter TOUT ce que je voudrais y mettre. Impatiente de passer à la mise en couleur. Heureuse, tellement, de vivre tout cela.

jeudi 9 mai 2013

1, 2, 3, 4 jeudi

Jeudi citation :

Phil : Ce qui est le plus bizarre dans Independance Day, c'est pas que des Aliens envahissent la planète. Mais c'est que les mecs ils arrivent a pirater un vaisseau Alien avec windows 95!!

DTC, évidemment

Jeudi entendu en manif' :

"- On n'a pas un slogan sur ANI, là ?

- Non, on n'a rien prévu. Mais y a qu'à faire un truc vite fait.

*Cherche, cherche*

- Tiens, sur l'air des sucettes à l'anis. Na na na na na na na, na na na l'ANI...

- Le MEDEF et l'ANI !

- Ah oui, bien ! Faut qu'on trouve le début.

- J'ai : "Hollande aime le MEDEF / Le MEDEF et l'ANI"

- Pour la suite on peut reprendre le truc sur le code du travail. C'était quoi déjà "Le code du travail déraille", non ?

- Ouais c'est bien, ça colle. Il faut une phrase de plus.

- "On est précarisés" tout simplement. "Hollande aime le MEDEF / Le MEDEF et l'ANI / Le code du travail déraille / On est précarisés"

- Ca marcher pas ton truc, ça rime pas.

- J'm'en fous, je la fais à la Prévert !"

Jeudi nuancier

La chambre d'ami ne sera pas verte tout de suite mais on a réussi à se mettre d'accord sur un bel orangé pour la cuisine, un ton unique pour toute les portes, le Fort d'Antibes par Nicolas de Staël dans l'entrée et deux tons de gris bleuté dans le couloir #onprogresse

Jeudi andecdote

En ce moment, au CDI, des travaux d'élèves sont exposés. Il s'agit d'affiches qui présentent des plats typiquement anglais ou américain (devoir d'anglais sur la culture).

Lundi, après avoir parcouru l'ensemble des affiches, un élève vient me voir, perplexe : "Madame, c'est une exposition sur la malbouffe ?". A la réflexion, j'aurais peut-être pas dû lui dire que non...

mardi 7 mai 2013

Les choses publiques

Suite à vos commentaires sur cet article, j'ai compris quelque chose.

Certains collègues me reprochent de trop parler avec les élèves. D'autres me félicitent de beaucoup parler avec eux. Les derniers n'expriment pas d'avis et n'en ont pas forcément. Aucun d'eux ne sait exactement comment, combien, de quoi je parle avec mes élèves.

Moi, il y a les jours où je pense que je parle trop, pas en temps mais dans les sujets abordés. Puis il y a les jours, presque tous, où je pense que je m'en fous tant que je connais certaine limite.

Mais il y a quelque chose que j'ai compris dans vos différentes réactions : si j'aime parler avec les élèves, évoquer différents sujets, sortir des plates bandes scolaires, c'est parce qu'ils n'assènent pas des vérités, ils ne donnent pas de conseils, ils ne pensent pas qu'on doit faire ceci ou cela.

Pour autant, ils ont un avis, ils partagent des expériences, personnelles ou récoltées ici et là, ils ont des questions, ils ont des opinions, ils ont des principes.

Discuter avec eux, c'est parfois marrant, parfois instructif (et pas seulement pour eux), parfois émouvant, parfois surprenant, toujours intéressant. Pas forcément passionnant, mais intéressant.

Je ne dis pas qu'ils n'ont aucune idée reçue, au contraire, qu'ils ne sont jamais arrêté sur une opinion. Mais ils savent encore discuter, ils apprennent à argumenter, ils développent.

Les mots peuvent être maladroits, les phrases ont parfois du mal à s'organiser, ça reste facile de les démonter. Mais d'un autre côté, mes élèves, ils ne décrètent pas quand je dois avoir un enfant, comment et pourquoi. Par exemple.

Ils s'opposent les uns aux autres, ils acceptent de rentrer dans le débat avec moi, mais ils ne m'étalent pas leurs vérités comme si elles devaient être mienne.

Quelque part, c'est reposant.

lundi 6 mai 2013

P'tites bulles

Rose_champagne_infinite_bubbles.jpgOn a signé.

On a les clés.

On a les actes notariés.

On a le règlement de la copropriété.

A votre santé !

Note de bas de page : Pour Flo, car Flo est Flo et qu'il serait dommage de la contrarier, nous dirons que cette photo empruntée à commons.wikimedia.org représente des bulles de champomy et cela jusqu'à ce qu'elle ait terminé d'allaiter. Ensuite...

samedi 4 mai 2013

Le bébé, cette chose publique

A la rentrée, ma presqu'aide-documentaliste d'ordinaire très réservée - voire apathique - s'enthousiasmait pour la signature prochaine des documents de propriété de notre appartement. Un élan sincère qui a été très vite suivi d'une sommation "Et après, quand vous aurez déballé les cartons, vous faites un bébé".

Ce n'était pas une question. C'était sans doute plus direct qu'elle n'aurait voulu parce qu'elle ne maitrise pas toujours la nuance dans la langue française mais ce n'était pas une question. Ni un conseil. Elle me parlait en ainée, forte de son expérience personnelle, m'intimer de ne pas faire ce qu'elle a jugé être une erreur de sa part c'est-à-dire avoir un de ses enfants sur le tard.

Que je replace le contexte : ma presqu'aide-doc et moi, on n'est pas vraiment proches, on est très loin d'être intimes, on discute assez peu et la grande majorité de nos conversations tourne autour de l'établissement. Elle ne peut pas dire qu'elle me connaisse vraiment comme je ne prétends pas la connaître itou. 

Elle n'est pas la seule. L'achat d'un trois pièces m'a valu des questions franches et des allusions. "Ah c'est un trois pièces. Tu vas pouvoir te faire un bureau alors. A moins que vous ayez une autre idée pour le 3e pièce ?" Quitte à être indiscret, je préfère un "Tu es enceinte ?" cru, net et précis.

Non, je ne suis pas enceinte.

Non, on ne compte pas faire en sorte que je le sois dès qu'on aura fini de poser tous les meubles.

On a envie d'avoir des enfants, on ne le cache pas, notre idée serait, avec toutes les réserves de l'ordre du "si c'est possible" et du "si on ne change pas d'avis", on part plutôt sur l'idée de deux avec pas trop d'écart entre eux.

Oui, on achète un trois pièces pour avoir une chambre d'enfant.

Mais on n'en a pas envie tout de suite. Pas plus au mois de juillet.

On veut se sentir chez nous, on veut sentir l'envie pressante, présente, de devenir parents.

Et on a des bébés à accueillir dans cette famille cet été, d'autres que les miens, et moi je veux vivre ça sans me soucier de mon ventre à moi.

Et tiens, parlons-en de ce ventre, je ne sais même plus ce que c'est que d'avoir ses règles et de sentir son utérus exister, je ne suis pas pressée de retrouver les réjouissances des cycles qui font leur ronde alors que les hormones vous font votre fête. 

Ça ne se dit pas, ça, tiens, hein ? Je peux pas leur répondre ça, à mes collègues de boulot, ceux et celles qui clament qu'il est temps pour l'Homme et moi, qu'il faudra remplir rapidement cette chambre, qui me conseillent alors que je n'ai pas demandé d'avis, qui veulent savoir alors que ça ne les regarde pas. Parce que mes règles, ou leur absence, c'est intime. La pilule prise en continue pour éviter les crises sismiques c'est trop personnel pour être balancé en anecdote au dessus les monstrueuses assiettes de lasagne maison de notre Chef Cuistot à la cantoche entre deux sonneries. La grossesse, oui, mais aucun de ses détails. Sauf quand on nous soumet à la question, là, on se doit de répondre.

Idem de mes angoisses, de mes psychoses, de mes peurs, de ces conversations que je n'ai qu'avec mon psy. Ça, ça ne se dit pas, ça se tait, on ne veut pas savoir que ça existe.

Aujourd'hui, on a reçu un échéancier qui nous déclare endettés jusqu'au 4 mai 2033, autant dire la fin des temps, alors là, ce dont j'ai envie, c'est de vivre. Et dans cette vie il y aura un enfant. Quand nous le déciderons. L'Homme et moi. Et la nature aussi qui a son mot à dire la garce. Mais personne d'autre que nous trois.

Mais il y a cet instinct primitif quelque part en nous, le même qui autorise des inconnus à poser la main sur un ventre arrondi sans se soucier de l'opinion de la femme à qui il appartient, celui qui permet les questions, les injonctions, les ainsi-soit-il.

Le bébé est une affaire publique. Et toi, femme, ton ventre l'est tout autant, sa plénitude l'est, son vide également. Comme si la meute énorme que représente le genre humain avait un regard sur la perpétuation de l'espèce.

Il faut que les femmes fassent des enfants, c'est ainsi, et l'intime n'a rien à en dire, et le personnel n'a pas à s'interposer.

Et quand je me raidis ou que je réponds avec cynisme, quand l'Hommequej'aime envoie valser ses copines trop insistantes, on se heurte aussi à une incompréhension pas vraiment générale mais tout de même palpable.

Je le comprends mais je ne l'accepte pas. Je refuse que mon ventre soit chose publique. Je ne veux pas de ces questions qui émanent de gens à qui je n'ai pas envie de répondre. Alors je continuerai d'être cynique, de répondre volontairement à côté de la plaque quand on m'interrogera de manière indirecte et de mordre ou de prendre l'air outrée quand on ira trop loin selon mon goût. Je continuerai de me confier à ceux et celles avec qui j'ai envie de le faire.

Et tant pis pour ceux qui ne veulent pas comprendre.

Le troisième pièce sera une chambre d'amis. Jusqu'à.

samedi 27 avril 2013

Pensieri felici

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pix by Akial

On a fait des cartons. 18 pour être précise. Maintenant, je sais qu'il faut 3 cartons de 150 Napolitain de Lu en sachets individuels pour contenir nos deux vies de collection de CD. Je sais aussi combien les peluches sont pratiques pour combler un carton déjà lourd de livres. Je sais qu'il y avait plein de livres à lire planquer parmi les livres lus, petits cabotins. Je sais aussi qu'il y a au moins 6 livres à relire dans les livres lus. Je sais que je n'ai pas assez de peluche au regard de la quantité de cartons de bouquins.

On a deux grandes "boites à babioles" pleine à craquer et il faudra sans doute envisager d'en faire une troisième. On ne s'était pas rendu compte combien on en avait dispersées dans l'appartement. Et surtout combien l'appartement recèle de coin à babioles.

On a retrouvé des trucs qu'on ne savait pas avoir perdus.

On a une nouvelle déco à cheval entre l'épuration et le cubisme. On va lancer une tendance.

L'étagère a DVD est immense une fois vide. C'est officiel, elle rétrécit quand on essaie d'y ranger la totalité de nos DVD. Voyez vous une autre explication ?

On a laissé Fear of the Dark et un Best Off de Robert Johnson dehors quand même. Faut pas pousser. 

On a décidé que le caisson sous mon bureau pourrait voyager tel quel. Je sais où planquer des trucs maintenant. :-=

Après inventaire de l'ensemble de nos biens déménageables, nous sommes investis de la mission quasi divine mais pas impossible de récupérer tous les cartons possibles ! Qui a dit "en acheter" ? Rien qu'à la cantine du bahut, ils en jettent des dizaines par semaine. Pourquoi croyez-vous que je mesure la quantité de CD en boite de Napolitain de Lu ?

Je verrais bien un mélange de Jaune Renoir et de Bleu Vendôme dans la nouvelle cuisine. Ça ne parle pas beaucoup à l'Homme. 

@Eleusie_ dit que les hommes n'aiment que deux couleurs, le bleu foncé et le bleu clair. @TheFILF corrige, les hommes *connaissent* deux couleurs.

Pour l'Homme, le gris est une couleur. Du coup, on a un peu de mal à se comprendre. On a encore un peu de temps de trouver un langage commun.

J'ai décidé que les 2 Totoro et la famille de marsupilamis ne voyageraient pas en carton. Ils seront les derniers à quitter cet appartement et les premier à avoir un place dans l'autre. Nous mis à part bien entendu.

On a complètement démonté le meuble de la chambre pour en faire deux meubles de deux chambres avec une surface de rangement plus grande au final. Virtuellement, mais ça rentre au poil.

La coiffeuse m'a coupé les cheveux très courts, encore plus que la dernière fois (mais ce n'était pas la même coiffeuse). Je crois que maintenant, je vais les laisser repousser. Je crois aussi que je vais profiter qu'il ne reste plus grande chose de ma dernière couleur pour retrouver la mienne sur la totalité de la longueur avant de décider ce que j'en fait. J'ai calculé que je n'ai plus ma couleur naturelle depuis exactement la moitié des années que j'ai vécue. J'ai commencé adolescente avec le henné et j'ai continué plus tard avec toutes sortes de teinte. Je ne sais pas si j'ai des cheveux blancs, je ne connais que la couleur de mes racines. Depuis quelques temps, je ne cesse de raccourcir mes coupes et de changer radicalement de teintes. Il est tant de faire une pause : plus de coiffeur jusqu'à la rentrée, pour être présentable, c'est décidé. L'été fera ce qu'il veut de mes cheveux. Ensuite, on verra.

Je râle beaucoup, je suis désagréable, je couve une colère grondante. Mais je suis aussi légère, heureuse de ce qui nous arrive, amoureuse d'un mec extra. J'oublie trop souvent de le dire aussi.

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